Les gars sûrs d’Insecure Men

Porté par le talentueux guitariste des Fat White Family, le tandem Insecure Men offre une relecture contemporaine élégante et exotique de la pop des années 60/70. 

Même sous respiration artificielle après avoir usé de presque tous ses artifices, la pop anglaise réserve toujours d’étonnantes surprises. C’est le cas avec le premier album des Londoniens d’Insecure Men. Le duo d’amis d’enfance formé par le guitariste des Fat White Family Saul Adamczewski (à droite sur la photo) et le chanteur de Childhood  Ben Romans-Hopcraft y injecte suffisamment de mélodies alambiquées et de folie colorée pour redonner un peu de lustre au genre.
Le mentor du projet Adamczewski, viré puis repris puis reviré et ainsi de suite de la furieuse bande des Fat White Family et passé par la case désintox, prend ici le contre-pied de la frénésie destructrice de son autre groupe (il joue aussi dans Moonlandingz avec Lias Saoudi).

Avec ses « mecs pas sûrs d’eux », il opte pour une relecture en douceur et très lointaine du tournant 60’s/70’s où les mélodies de poche du « Pet Sounds » des Beach Boys croisent le glam-rock anglais ou l’exotica, l’easy-listening et la pop orchestrale qui sévissaient alors. Un panel qu’il assortit de multiples sonorités improbables qui pourraient très bien venir de jouets pour enfants ou de Mario Paint. Et c’est dans le studio new-yorkais du coproducteur Sean Lennon  que ce débordement d’idées allumées a été enregistré et peut-être aussi canalisé.

Exotisme londonien

Car, au-delà du caractère déjanté du leader et de ses paroles traitant de Whitney Houston ou de la pédophilie chez Gary Glitter, la musique est particulièrement peaufinée et travaillée là où ça aurait pu virer au n’importe quoi. Les deux tubes ultra-glam (que n’aurait pas renié Denim dont ils assument totalement l’influence) que sont « Teenage Toy » et « I Don’t Wanna Dance (With My Baby) » témoignent d’ailleurs du savoir-faire de l’équipe.

Très présent sur le disque, l’exotisme est ici vu des yeux d’un jeune gars de Londres devant sa télé avec le côté un peu cheap à guitares hawaïennes (« Heathrow »), une sorte de psychédélisme des îles (« Ulster ») ou une totale rêverie Wilsonienne (« Subaru Nights »).
Au final, c’est dans les passages les plus calmes et élégants contrastant beaucoup avec l’allure du personnage qu’Adamczewski est le plus touchant. La pop à cocktail de « All Women Love Me », « Cliff Has Left The Building » ou « Whitney Houston And I » et surtout la berceuse enfantine clôturant l’album « Burried in The Bleak » font étalage du songwriting très stylé du petit punk de Peckham. Qui a finalement pris bien de l’assurance.

Insecure Men – « Insecure Men » / Date de sortie le 23 février 2018 chez Fat Possum Records