Le groupe soft-rock irlandais The Script sortait son troisième album, sobrement intitulé #3, le 10 Septembre dernier chez Phonogenic. Chronique d’un opus en demi-teinte.
Il aura fallu deux ans à Danny O’Donoghue et ses potes pour offrir une suite à Science & Faith. Et pour cause. Oscillant entre son boulot de jury dans le X Factor britannique et une rupture douloureuse avec sa petite amie, le chanteur du groupe a voulu prendre son temps afin d’écrire un album plus personnel. Pari réussi à 90%.
#3 débute avec « Good Ol’ Days » morceau qui aurait pu sombrer dans la mélancolie si le beat et le flow de Mark Sheehan n’était pas si entraînant. Voilà un titre que l’on se voit bien chanter entre potes, guitares en main et public improvisé. Le texte fait du bien, car il ne prend pas le futur comme une plaie, mais bien comme un moyen de se rappeler de tous les bons moments passés dans notre sacro (pas si sainte) jeunesse. On y parle de whisky, de cigares et de nuits de jam passées au piano, et les plus musiciens d’entre nous se reconnaîtront aisément dans ces scènes là. Voilà pourquoi la prochaine chanson choque et déstabilise : « Six Degrees of Separation » est une chanson post-rupture réussie, armée d’un refrain solide et de paroles brutalement honnêtes. Ces deux premières chansons mettent un point d’honneur à décrire l’album – ni tout blanc, ni tout noir, un juste milieu où se mélangent colère, tristesse, joie et résignation. C’est avec cette affirmation en tête que débute « Half of Fame » lead single de l’album, featuring will.i.am. Avec Black Eyes Peas, on avait presque oublié que le producteur avait un bon flow et une classe hallucinante quand il s’agissait de poser sa voix sur ce type de morceau anthémique. « Half of Fame » nous pousse à toujours aller plus loin, à ne jamais se laisser rabaisser et détruire par les aléas de la vie. Si tu veux devenir quelqu’un, avance et bats-toi. C’est bien ce que l’on peut attendre de musique : nous enseigner des leçons de vie sans rien laisser paraître, et ici, The Script y parvient, avec brio.
Quatrième morceau de l’album, « If You Could See Me Now » s’impose comme le titre le plus personnel et douloureux que le groupe ait pu écrire depuis le début de leur formation 2001. Petite histoire : la chanson parle à la fois du père de Danny, récemment décédé, qu’il n’avait pas eu le temps de connaître, mais aussi des parents de Mark, guitariste et rappeur du groupe, qu’il a perdu à l’âge de 12 ans. Le texte n’était qu’une page dans le journal de Mark, et cela se sent à la première écoute. Même si tout est bien produit, rien n’est lisse, tout est encore à vif. On sent les larmes et la rage poindre dans chacun des couplets, on se trouve sur un fil entre la volonté de vivre avec des souvenirs et celle de rendre fiers des proches partis depuis trop longtemps. Les deux membres avouent eux-même ne pas être sûrs de pouvoir jouer « If You Could See Me Now » en live, et on les comprend. Heureusement, « Glowing » arrive pour panser nos plaies. Morceau pop-rock classique et enlevé, il ravira les fans de la première heure, mais décevra peut-être un peu les autres, qui comme moi, s’attendaient à une petite évolution du son des irlandais. « Give The Love Around » continue sur la même trame, un chant de paix et d’amour mou du genou qui n’apporte rien de nouveau à l’ensemble.
Voilà pourquoi « Broken Arrow » est un des meilleurs morceaux de #3. Mêlant guitare acoustique, cordes discrètes et batterie maîtrisée, le titre apparaît plus travaillé et pourtant beaucoup plus brut. The Script parvient à parler de la dépression et de la solitude que peut ressentir une personne face à la tristesse de l’être aimé sans verser dans du piano larmoyant et des envolées lyriques. Bien joué. « Kaleidoscope » continue sur cette bonne lancée, et apparaît comme le nouvel hymne d’une génération. Le refrain est puissant, les aigus de O’Donoghue sont parfaits. Un morceau qui donne la pêche (ou la banane, choisissez le fruit qui vous convient) et nous dit de voir les choses du bon côté. Peu importe si la vie est dure, peu importe si tout semble perdu, la lumière est à la fin du tunnel, et pour l’atteinte, il faut courir et défoncer les obstacles sur notre route. Le prochain morceau, « No Words » est un de ces titres qui a un écho dans chacun de nous. En effet, qui ne s’est jamais trouvé devant la détresse d’un ami ou d’un proche, sans savoir quoi dire ? Ici, le groupe met des mots sur nos silences, et signe LA chanson tubesque de l’album. Celui-ci se termine avec « Millionaires » qui fonctionnera très bien en live, mais qui paraît plus bancale en studio.
Pour conclure, précipitez-vous sur la version deluxe de l’album. « Moon Boots » et « Hurricanes » les deux chansons bonus, font partie des meilleurs titres du groupe, tout album confondu. Sacrée erreur de ne pas les avoir inclues dans l’album, car même si l’opus est réussi, il reste bien trop court, et donne donc l’impression de ne pas atteindre son but. Néanmoins, #3 est un album solide, qui confirme le talent de parolier de Danny O’Donoghue et la puissance des musiciens. Allez, à 3, on va l’écouter ?





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