Thomas Fersen à coeur ouvert (interview)

A l’occasion de la sortie de Un coup de queue de vache, son dixième album, Thomas Fersen nous a accordés une interview exclusive au Théâtre de L’Olivier à Istres le 17 décembre 2016.

MusiK Please : Thomas, est-il vrai que votre nom de scène est une référence à l’amant présumé de Marie-Antoinette ?

Thomas Fersen : Oui, c’est le nom d’Axel de Fersen, l’amant de la reine. Mon père a eu cette idée-là il y a bien longtemps, alors qu’il lisait la biographie romancée de Marie-Antoinette par Stefan Zweig. Il m’a dit “c’est un nom qui est dans l’inconscient collectif, il a déjà une existence”. Cela m’a plu, je trouvais ça romanesque. Mais bon, après ce nom je l’ai rempli avec mon existence, petit à petit.

MP : N’avez-vous pas pensé à vous appeler Thomas de la Fontaine ?

 Thomas Fersen : Je n’y ai jamais pensé. Disons que ce n’est pas non plus mon idole. Peut-être est-ce lui qui m’a fait prendre conscience du style ? Mais ce n’est pas vraiment une source d’inspiration, même si j’admire ses fables. Ce que j’aime chez lui, c’est la concision, le sens de l’ellipse, la musicalité bien sûr, comme tout le monde.

thomas fersen,le bal des oiseauxMP : Pourquoi toutes ces références au monde paysan sur ce nouvel album ?

 Thomas Fersen: J’ai commencé ma carrière comme cela avec Le bal des oiseaux. Il y avait beaucoup de chansons qui parlaient d’un personnage qui quittait sa campagne pour aller en ville. Cela vient de mon enfance, où je passais toutes mes vacances dans les monts de la Madeleine, en milieu rural. Je voulais être agriculteur au départ, à une époque où l’agriculture était encore de tradition millénaire. Il n’y avait pas eu le remembrement, les gens faisaient un peu de tout, vivaient de leur production et vendaient uniquement leur excédent. C’est un mode qui m’a rendu heureux quand j’étais enfant et souvent dans mes chansons, il y a un personnage qui part d’un monde rural et qui va en ville.

MP : Pourquoi le quatuor à cordes sur toutes les chansons de l’album ?

 Thomas Fersen: Au départ, j’ai composé les chansons en piano/voix. J’ai alors convoqué mon copain Joseph Racaille et je lui ai donné ce cahier des charges: “Il faut une formule unique pour toutes les chansons et c’est le quatuor. Je ne t’autorise aucun instrument supplémentaire”. Ce sur quoi il m’a rétorqué: “Je vais juste rajouter un instrument: Ce sera aussi un instrument à cordes, mais issu de la culture populaire. On va l’intégrer dans le quatuor, cela deviendra un quintet et il va le perturber un petit peu : Il ne va pas faire de l’accompagnement, mais il aura aussi sa partition qui sera mêlée à celle des autres”. J’ai bien aimé cette idée de perturber cette notion bourgeoise qu’est le quatuor à cordes. Actuellement, on s’en sert surtout dans la chanson pour essayer de donner un peu de noblesse. Enfin, c’est un peu galvaudé comme principe…

MP : Pourquoi Pierre Sangra ne vous accompagne-t-il pas ce soir ?

Thomas Fersen : Il travaille ailleurs. Il ne peut pas faire tous les concerts car il a d’autres choses à faire. Et puis je suis content aussi de tourner avec Raphael que j’ai rencontré sur L’histoire du soldat, un conte musical de Stravinsky. Je cherchais justement quelqu’un pour remplacer Pierre Sangra, qui ne pouvait pas tout faire.  Et il est d’ici Raphaël, il était au conservatoire à Istres. C’est un musicien surdoué : Il est violoniste mais il joue aussi de la mandoline et du banjo.

MP :  Quelle est votre relation avec le ukulélé  ?

Thomas Fersen : C’est un instrument d’accompagnement, c’est donc bien commode pour un compositeur. En plus, il a une tonalité assez aiguë qui s’accorde bien avec ma voix qui est baryton basse. Cela faisait quelques années qu’il était resté dans sa boîte, je jouais surtout du piano ces deux dernières années. D’ailleurs, je fais un spectacle tout seul en même temps que celui-ci, où je joue du piano, pas du ukulélé.

MP : Justement, ces spectacles en solo, est-ce un choix ou une contrainte ?

Thomas Fersen : Cela me permet d’aller dans des endroits où il y a un peu moins de sous. Cela coûte cher de se déplacer quand on est si nombreux. A une époque, cela n’était pas un problème, mais maintenant c’est plus compliqué. En même temps, le spectacle tout seul, c’est encore autre chose : Je ne fais pas les chansons de la même façon.

MP : Passons maintenant à votre playlist intime. Le dernier titre que vous avez écouté ?

MP : Un souvenir d’enfance ?

Thomas Fersen  : Quand j’étais enfant, j’avais la bande originale de “Il était une fois la révolution” de Sergio Leone et ça, c’est extraordinaire comme madeleine de Proust. Cette musique peut m’émouvoir aux larmes.

MP : Ce que vous aimez écouter en voiture ?

Thomas Fersen : J’écoute volontier du Pink Floyd en voiture. D’ailleurs, le premier disque de rock que j’ai acheté est “Obscured By Clouds”. J’avais neuf ans.

MP : Une chanson pour s’endormir ?

MP : La chanson de votre répertoire dont vous êtes le plus fier ?

Thomas Fersen : C’est difficile, mais en ce moment j’aime beaucoup “Les petits sabots” de mon dernier album. C’est une chanson sur la naissance de l’amour. Elle raconte l’histoire d’une petite fille qui va dans un bois au lieu de jouer avec les autres. Dans un buisson, elle imagine qu’elle reçoit des petits animaux. Elle leur donne à manger et à boire avec ses mains. On la retrouve plus tard, elle a grandi et reçoit des baisers de son amoureux. Elle retrouve alors dans ces baisers, son bois et son buisson. C’est une réminiscence des émotions et de l’amour sur lesquelles on s’est tous structuré. Je n’ai jamais vraiment fait de chanson d’amour, cela ne m’intéressait pas, mais celle-ci je l’aime vraiment beaucoup.

MP : Le pire cauchemar musical ?

Thomas Fersen : La musique, je peux la détester autant que je peux l’aimer… Je ne sais pas si c’est très gentil de dire du mal… je n’en dirais pas. Il y a des trucs qui sont insupportables pour moi, mais par délicatesse, je n’en parlerai pas. D’ailleurs, j’ai le même point de vue avec les critiques. Quand un journaliste n’aime pas un disque, je ne vois pas l’intérêt qu’il a à en parler. Faire une analyse du travail de quelqu’un, c’est intéressant, mais démonter le travail d’un musicien, c’est malveillant et c’est même suspect. Il y a des journalistes qui sont spécialistes de cela, mais c’est surtout pour flatter leur ego je pense.

MP : Le coup de coeur du moment ?

Thomas Fersen : J’aime bien écouter Julien Doré. Je n’ai pas de disque mais je trouve qu’il a du charme. Ce n’est pas mon genre de paroles, ni d’interprétation, mais cela fonctionne. Après tout, c’est instinctif, la musique, il ne faut pas bouder son plaisir. Je crois que c’est un gros bosseur, cela se sent.

Thomas Fersen est en tournée dans toute la France pour l’album Un coup de queue de vache (date de sortie 28 janvier 2017)